Tribune de Cedric Guichou | Tourismembassy
Le débat sur les emballages alimentaires est souvent présenté comme un arbitrage simple entre deux impératifs : réduire les déchets d’un côté, préserver la sécurité sanitaire de l’autre. Les textes européens et français montrent pourtant que le sujet est traité autrement par les pouvoirs publics. À l’échelle de l’Union européenne, le règlement sur les emballages et les déchets d’emballages, dit PPWR (Regulation (EU) 2025/40), est entré en vigueur le 11 février 2025 et s’appliquera de manière générale à partir du 12 août 2026. La Commission européenne précise qu’il couvre tous les emballages et déchets d’emballages, quel que soit le matériau, et qu’il fixe des exigences sur la fabrication, la composition, ainsi que sur le caractère réutilisable ou valorisable des emballages mis sur le marché européen.
Ce même cadre européen montre que la logique poursuivie n’est pas seulement environnementale. La Commission indique que le PPWR vise à réduire les quantités d’emballages et de déchets générés, à diminuer l’usage de matières premières vierges et à soutenir la transition vers une économie circulaire, tout en encadrant très concrètement certaines pratiques. Parmi les mesures mentionnées figure, par exemple, l’obligation pour les activités de vente à emporter d’offrir aux clients la possibilité d’apporter leur propre contenant sans coût supplémentaire. Le même texte mentionne aussi des restrictions sur certaines catégories d’emballages à usage unique et des dispositions destinées à limiter les substances préoccupantes dans les emballages au contact des aliments. Cela montre que, dans l’approche européenne, la montée en puissance du réemploi n’est pas pensée en dehors des exigences de sécurité.
Cette exigence est encore plus explicite quand on regarde les règles applicables aux matériaux au contact des aliments. La Commission européenne rappelle, dans une fiche publiée en février 2026, que tous les matériaux destinés à entrer en contact avec les aliments — plastique, papier, verre, métal — doivent respecter des règles de sécurité strictes. Ces règles ont pour objectif d’éviter que l’emballage ne libère dans l’aliment des substances susceptibles de mettre en danger la santé, de modifier la composition du produit ou d’en altérer le goût ou l’odeur. En d’autres termes, la première fonction d’un emballage alimentaire reste sa capacité à protéger l’aliment. Toute stratégie de réemploi, de recyclage ou de substitution de matériau doit donc rester compatible avec cette exigence de base.
En France, le cadre législatif poursuit la même logique. La loi anti-gaspillage pour une économie circulaire prévoit la fin de la mise sur le marché des emballages en plastique à usage unique d’ici 2040. Elle fixe aussi des objectifs précis pour augmenter la part des emballages réemployés mis sur le marché en France : 5 % en 2023 et 10 % en 2027. Le site officiel du ministère de la Transition écologique rappelle également qu’au 1er janvier 2023, la vaisselle jetable a été interdite pour les repas servis sur place dans les établissements concernés, les repas et boissons devant être servis dans de la vaisselle lavable et réutilisable. Ces dispositions montrent que le législateur français ne traite pas le réemploi comme une option marginale, mais comme une trajectoire structurée, accompagnée d’obligations concrètes.
Pour autant, l’ampleur du changement à mener reste importante. Les données 2024 publiées par l’ADEME indiquent que 2,75 milliards d’emballages réemployés ont été mis sur le marché en France en 2024, ce qui correspond à un taux de réemploi de 1,82 %. Le même bilan précise qu’il couvre les emballages ménagers, ceux de la restauration, ainsi que les emballages industriels et commerciaux, sur la base des données transmises à l’ADEME. Ces chiffres sont utiles parce qu’ils permettent de replacer le débat dans sa réalité : la trajectoire réglementaire existe, mais le réemploi reste encore minoritaire à l’échelle du marché français. La question n’est donc pas seulement de savoir s’il faut aller vers davantage de circularité ; elle est aussi de savoir comment construire des dispositifs capables de changer réellement d’échelle.
C’est précisément sur ce point que les ressources opérationnelles mises à disposition des professionnels prennent de l’importance. Le ministère de l’Agriculture a publié en juin 2025 une mise à jour du guide du groupe de travail « Plastiques » du Conseil national de la restauration collective. Ce document a pour objet d’aider les acteurs à mettre en œuvre les dispositions relatives à la substitution des plastiques et au réemploi. Le ministère indique que ce guide permet notamment de clarifier les obligations prévues par la loi, de classifier les matériaux selon leur conformité réglementaire, et d’aborder des dimensions très concrètes de la transition vers le réemploi, telles que le choix des contenants, le choix du lavage et les solutions de traçabilité. Le simple fait que ces sujets apparaissent au cœur du guide montre que la durabilité, dans le secteur alimentaire, repose aussi sur des choix techniques et organisationnels.
La question du contenant apporté par le client illustre bien cette articulation entre sobriété et vigilance sanitaire. En France, le ministère de la Transition écologique rappelle que, depuis le 1er janvier 2021, chaque consommateur peut apporter un contenant réutilisable dans les commerces de vente au détail, à condition qu’il soit propre et adapté au produit acheté, et que l’établissement peut refuser de servir le consommateur si le contenant est sale ou inadapté. L’Anses ajoute toutefois une précision importante : le fait qu’un contenant soit “visiblement propre” ne suffit pas à garantir son hygiène. L’agence explique qu’un séchage insuffisant peut favoriser une prolifération microbienne ou provoquer des réactions chimiques avec certains produits, de sorte que le contenant peut ne plus assurer correctement sa fonction protectrice. Cela ne signifie pas que l’apport de contenants par le consommateur serait à écarter ; cela signifie que cette pratique exige des règles claires et une vigilance réelle.
La question du recyclage est encadrée avec la même prudence lorsqu’il s’agit de matériaux destinés à entrer en contact avec les aliments. La Commission européenne explique que les plastiques recyclés utilisés pour des matériaux au contact des denrées sont soumis à des règles spécifiques. Elle rappelle que, même pour les plastiques neufs, les substances présentes ne doivent pas être transférées vers les aliments à des niveaux pouvant nuire à la santé. Pour les plastiques recyclés, la difficulté supplémentaire vient du fait qu’ils peuvent contenir des contaminants chimiques issus de leur usage antérieur, d’un mauvais usage ou d’une contamination croisée pendant la collecte des déchets. La sécurité de ces plastiques recyclés repose donc sur un encadrement spécifique, notamment via le règlement (UE) 2022/1616, l’évaluation des procédés par l’EFSA et des contrôles officiels concentrés sur les installations de production et les procédures de qualité.
Les textes relatifs à la réutilisation de l’eau dans les industries agroalimentaires vont dans le même sens. L’Anses rappelle que ces entreprises peuvent chercher des alternatives à l’eau potable pour différents usages : sans contact avec les denrées, en contact indirect, en contact direct avec des produits bruts, ou comme ingrédient dans la composition des aliments. L’agence souligne cependant que les risques de contamination des denrées varient fortement selon l’usage et le type d’eau utilisé. Elle précise aussi que les enjeux sanitaires liés à cette réutilisation sont majeurs, surtout en cas de contact avec les aliments ou d’utilisation dans leur fabrication, et qu’ils exigent beaucoup de technicité et de vigilance. L’Anses recommande notamment d’écarter, à la source, certains usages considérés comme les plus sensibles, par exemple le recours à des eaux réutilisées comme ingrédients dans la composition des denrées ou en contact direct avec des produits crus consommés en l’état.
Ce que montrent l’ensemble de ces textes est assez clair. Les autorités françaises et européennes ne présentent pas le réemploi, le recyclage ou la circularité comme des objectifs qui pourraient s’affranchir des exigences sanitaires ; elles les organisent au contraire autour de conditions précises : conformité des matériaux, maîtrise du lavage, traçabilité, contrôle des procédés, qualité de l’eau, encadrement des contenants apportés par les consommateurs, et contrôle public. On peut donc répondre à la question posée de manière nuancée mais nette : oui, il est possible d’être plus durable sans fragiliser l’hygiène, à condition que les dispositifs déployés respectent les règles prévues pour la sécurité des aliments et ne réduisent pas la fonction protectrice de l’emballage ou du contenant. Cette conclusion n’est pas un slogan ; c’est celle qui ressort du cadre réglementaire et technique aujourd’hui en vigueur.
À ce stade, le principal enjeu n’est donc plus de savoir si le droit autorise une transition vers des modèles plus sobres. Les textes montrent qu’il l’autorise, qu’il l’encourage même, et qu’il la structure. L’enjeu est plutôt celui de la mise en œuvre : le passage du principe à l’exploitation réelle, dans la restauration, la vente à emporter, la distribution, le vrac et l’ensemble des services alimentaires. Les objectifs français de réemploi fixés pour 2027, l’application générale du PPWR à partir du 12 août 2026, et les ressources méthodologiques déjà publiées pour les professionnels indiquent que cette phase de mise en œuvre est déjà engagée. La question centrale n’est donc pas “durabilité ou hygiène”, mais celle de la capacité des systèmes à garantir les deux en même temps.
Cedric Guichou Alim Expert Perpignan 66,11,09 | Tourismembassy
#Tourismembassy #CedricGuichou #EconomieCirculaire #Réemploi #Recyclage #HygieneAlimentaire #SecuriteSanitaire #Durabilite #Restauration #Tourisme
-------------------------------------
{
"@context": "https://schema.org",
"@type": "Article",
"headline": "Réemploi, recyclage, économie circulaire : peut-on être plus durable sans fragiliser l’hygiène ?",
"description": "Dans cette tribune publiée sur Tourismembassy, Cedric Guichou analyse une question centrale pour la restauration, le tourisme et les services alimentaires : comment développer le réemploi, le recyclage et l’économie circulaire tout en maintenant des exigences strictes en matière d’hygiène, de traçabilité et de sécurité sanitaire.",
"inLanguage": "fr",
"genre": "Tribune",
"articleSection": "Durabilité",
"author": {
"@type": "Person",
"name": "Cedric Guichou",
"jobTitle": "Professionnel du tourisme et des médias numériques"
},
"publisher": {
"@type": "Organization",
"name": "Tourismembassy"
},
"about": [
{
"@type": "Thing",
"name": "Réemploi"
},
{
"@type": "Thing",
"name": "Recyclage"
},
{
"@type": "Thing",
"name": "Économie circulaire"
},
{
"@type": "Thing",
"name": "Hygiène alimentaire"
}
],
"keywords": [
"Cedric Guichou",
"Tourismembassy",
"réemploi",
"recyclage",
"économie circulaire",
"hygiène alimentaire",
"sécurité sanitaire",
"emballages alimentaires",
"durabilité",
"restauration"
],
"isAccessibleForFree": true
}
Il n'y a pas encore de commentaire.
Vous devez vous connecter Se connecter Inscrivez-vous